Les carrières Pépin d’Eragny : un sous-sol qui a façonné le territoire

À Éragny-sur-Oise, l’histoire ne s’écrit pas seulement en surface. Elle se lit aussi dans le sous-sol, à travers les anciennes carrières Pépin, dont l’exploitation a profondément marqué le paysage, l’économie locale et l’organisation du territoire. Longtemps discrètes, parfois oubliées, ces carrières constituent pourtant un pan essentiel de l’histoire de la ville.

Un territoire anciennement façonné par la pierre

Bien avant l’urbanisation moderne et l’intégration d’Éragny à l’agglomération de Cergy-Pontoise, le territoire reposait sur une richesse géologique exploitable. Le sous-sol d’Éragny, comme celui d’une grande partie du bassin parisien, est composé de couches calcaires et de gypse, matériaux largement utilisés pour la construction depuis l’Antiquité et le Moyen Âge.

Les carrières Pépin s’inscrivent dans cette tradition d’extraction locale, qui répondait à un besoin constant : fournir la pierre nécessaire à l’édification des habitations, des ouvrages agricoles, puis des bâtiments urbains en pleine expansion.

Les carrières Pépin : naissance et développement

L’exploitation des carrières Pépin s’est développée principalement à partir du XIXᵉ siècle, dans un contexte de croissance démographique et de transformation progressive des villages ruraux d’Île-de-France. La pierre extraite servait à :

  • la construction de maisons et de murs de soutènement ;

  • les infrastructures locales (routes, ouvrages hydrauliques, bâtiments publics) ;

  • l’approvisionnement de chantiers plus larges dans la région.

Cette activité a généré des emplois locaux et structuré une économie artisanale et ouvrière autour de l’extraction, du transport et de la transformation des matériaux.

Comme beaucoup de carrières de la région, l’exploitation se faisait en souterrain, selon des techniques qui, si elles étaient efficaces, laissaient un héritage complexe pour les générations suivantes.

Un déclin progressif avec l’industrialisation moderne

Au cours du XXᵉ siècle, plusieurs facteurs ont conduit à l’arrêt progressif de l’exploitation des carrières Pépin :

  • l’arrivée de matériaux industriels plus standardisés 

  • l’évolution des techniques de construction 

  • le coût croissant de l’exploitation souterraine ;

  • les contraintes de sécurité.

À mesure que l’activité cessait, les carrières ont été abandonnées ou partiellement comblées, laissant sous la surface un réseau de galeries dont l’existence allait progressivement poser de nouveaux enjeux.
Elles devinrent aussi au fil du temps, des lieux de tourisme prisés au début du 20ème siècle.

Un héritage invisible mais déterminant

Aujourd’hui, les carrières Pépin ne sont plus exploitées, mais leur présence continue d’influencer l’aménagement du territoire. Comme dans d’autres communes du Val-d’Oise, les anciennes carrières posent des questions majeures :

  • stabilité des sols 

  • prévention des risques d’effondrement 

  • contraintes sur les projets de construction
     

  • nécessité de diagnostics géotechniques approfondis.

Ces enjeux expliquent certaines limitations urbanistiques et rappellent que le développement d’une ville doit composer avec son passé, y compris lorsqu’il est enfoui.

Mémoire locale et vigilance collective

Les carrières Pépin font partie de cette mémoire discrète mais structurante d’Éragny-sur-Oise. Elles témoignent :

  • du lien ancien entre l’homme et les ressources naturelles ;

  • du passage d’une économie rurale et artisanale à une urbanisation maîtrisée ;

  • de la nécessité d’une gestion responsable du territoire sur le long terme.

La maison russe attenante à une des entrée des carrières.

Préserver la mémoire de ces carrières, c’est aussi mieux comprendre les contraintes actuelles et anticiper les défis futurs, en conciliant sécurité, urbanisme et respect de l’histoire locale.

Un passé à intégrer dans l’avenir d’Éragny

Devenues aujourd’hui lieu de formation en sécurité privée et stand de tir, les carrières Pépin rappellent que chaque quartier, chaque rue, chaque projet s’inscrit dans une stratification historique complexe. À Éragny-sur-Oise, l’avenir ne peut se construire durablement qu’en tenant compte de ce passé géologique et humain.

Comprendre les carrières Pépin, c’est comprendre une part essentielle de ce qui a façonné la ville, et de ce qui continue, silencieusement, à en dessiner les contours.

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